Isolation des murs d’une maison ancienne

Le 03/11/2011

Le particulier qui choisit de rénover une vieille ferme, une maison en pierre ou encore un bâtiment industriel en briques souhaite en conserver le charme tout en profitant du confort apporté par une isolation thermique performante également sur les murs. Des solutions existent mais nécessiteront plus de créativité dans la stratégie thermique et certainement d’inévitables arbitrages !

Les murs épais dispensent-ils d’une isolation des murs ?

Idée reçue n°1 : Les maisons anciennes ont-elles réellement besoin d’isolation ?

L’opinion commune est que des murs épais et denses protègent naturellement des fluctuations importantes de température et n’ont donc pas besoin d’isolation. Or, un mur épais n'a pas de capacité à réagir immédiatement aux écarts de température et n’isole pas réellement du froid ou de la chaleur. S'il est vrai qu'un mur épais ralentit l’entrée du froid grâce à son inertie, après un certain temps d’exposition il ne devient pas plus isolant qu’un mur fin et constitue donc une source de déperditions de chaleur durant tout l'hiver. De même, en été, si un mur épais et lourd ralentit l'entrée de la chaleur (le temps de sa montée en température), il peut devenir source d'inconfort lors d'une longue période de chaleur. La surventilation nocturne n'est plus suffisante à faire retomber le mur en température et la chaleur stockée jour après jour s'évacue aussi vers l'intérieur de la maison pouvant provoquer un excès de chaleur alors qu'un besoin de fraîcheur est attendu.

Les murs anciens, qui peuvent être très épais (parfois jusqu'à 1m), ne peuvent donc pas apporter une isolation et un confort suffisants. Ils ne peuvent non plus réduire correctement les consommations d’énergie et doivent être isolés.

Cela est aussi vrai pour les bâtiments d’après 1945 dont les murs en béton ne sont pas épais. Pour les 30 millions de logements construits avant 1974 (date de la 1ère réglementation thermique), aucune obligation d’isoler n’était imposée. Il en résulte que ces maisons ou immeubles sont de véritables épaves thermiques.

A savoir : Il faut 10,5 m de granit, 4.2 m de béton plein et seulement 0.09 m d’un isolant en lambda ( λ ) de 0,030 W/(m.K) pour assurer une résistance thermique R= 3m2.K/W.

Idée reçue n°2 : Est-il vrai que seuls les premiers cm d’isolant comptent et que le reste ne sert à rien ?

Si l’épaisseur du mur ne permet pas d’assurer un confort d’isolation suffisant, l’épaisseur de l’isolant est en revanche un paramètre fondamental ! Il n’y a pas de secret : plus le flux de chaleur est réduit, moins il y a de pertes de chaleur (en hiver) et moins les pièces se réchauffent en été. Donc, une forte résistance thermique de l’isolant est indispensable.

A lambda égal, plus l’isolant est épais, plus la résistance thermique est forte. La résistance thermique d’un matériau est fonction de son épaisseur et de sa conductivité thermique ( λ ) : R = e en mètre / λ . Il est donc faux de dire que seuls les premiers centimètres isolent. Il ne faut pas seulement tenir compte de l’épaisseur mais considérer la conductivité thermique ( λ ) intrinsèque de l’isolant.

A titre d’exemple , il existe des laines de verre de différentes qualités dont le λ varie de 0,040 W/(m.K) (dit "lambda 40", pour la laine la moins performante) à 0,030 W/(m.K) (pour la plus performante).
Parler seulement de "20 cm d’isolant en laine de verre " ne permet pas de connaître la résistance thermique obtenue :

  • 20 cm d'une laine en lambda 40 donnent une résistance thermique R= 5 m2K/W
  • 20 cm d'une laine en lambda 32 donnent une résistance thermique R= 6,25 m2K/W
  • Mais avec une laine au lambda 32, pour obtenir R = 5 m2K/W, 16 cm suffisent !

Veillez à bien faire mentionner de quel produit il s'agit si sur votre devis d'isolation est seulement mentionnée "une isolation de 20 cm", sans aucune précision sur les caractéristiques techniques de l'isolant.


Murs en briques, en pierres apparentes, murs pas droits … les compromis entre isolation thermique et esthétique

Vous pouvez vouloir laisser visibles certains éléments de l’architecture : des structures métalliques dans un atelier ou une ancienne usine, des murs de pierres ou briques apparentes qui témoignent de la mémoire du lieu et lui confère son charme. Ces choix esthétiques ne sont pas anodins, ils peuvent réduire la performance thermique globale du bâtiment : un mur de pierres ou briques laissé apparent constitue un pont thermique dans l'enveloppe du bâtiment. Non isolé, il peut aussi être sujet aux phénomènes de condensation avec les différences de température (notamment sur le cycle jour/nuit) et plus particulièrement dans une pièce humide. Des solutions d'isolation existent et il est donc important de concevoir son projet de rénovation de façon globale afin d'anticiper du mieux possible la problématique liée à ce type de choix et d'opter pour des solutions d'isolation réduisant ce type de risque.

Plusieurs solutions existent pour l’isolation des murs en rénovation :

  • privilégier un mur intérieur (cloison, mur de refend) pour laisser un mur de pierre apparent,
  • opter pour une isolation par l'extérieur ,
  • recréer un mur en pierres au-devant de la paroi après l’avoir isolée (pierres décoratives ou récupération de vieilles pierres).

> Les murs de votre bâtisse ne sont pas droits : une isolation par l'intérieur peut permettre de rattraper les inégalités en mettant en oeuvre un doublage sur ossature métallique . Vous avez une préférence pour les vieux murs dont les inégalités témoignent du vécu du bâti plutôt que pour un mur bien perpendiculaire au sol ! Préférez alors une isolation des murs par l’extérieur .


> Une lame d'air est-elle nécessaire entre l'isolant et le mur à isoler ? Dans la plupart des cas, l’isolant peut être posé au contact du mur. Une lame d’air entre le mur et l’isolant est nécessaire en isolation par l'intérieur lorsque les murs sont poreux (pierre tendre, pisé, torchis, pierres jointoyées à la chaux …) ou selon leur situation géographique et climatique (exposition aux vents de pluie, pluie battante, front de mer…)*.

Les règles de l’art « DTU 20.1 » requièrent de laisser une lame d’air de 2 cm minimum, continue sur toute la paroi, entre le mur support et l’isolation à l’aide de tasseaux bois. Ils devront être traités à l'aide d'un produit insecticide et fongicide correspondant à l'essence de bois utilisée. Positionnés à la verticale, leur espacement est fonction de la largeur et de la rigidité des panneaux et doit assurer au moins 2 lignes d'appui par panneau pour garantir la pérennité de la lame d'air sur la hauteur de paroi. Cette précaution a pour objectif de maintenir l’équilibre hydrique du mur. Le doublage rapporté devra comporter un pare-vapeur (Sd supérieur à 18m) entre l’isolant et le parement pour éviter que la vapeur d’eau produite à l'intérieur du logement ne migre dans la paroi.

*Les définitions des différents types de murs sont proposées dans le DTU 20.1 Partie 3. 4 types de murs sont définis par ordre de sensibilité décroissante à la pluie. La lame d'air est nécessaire pour les murs de type IIb et III (ex : mur comportant côté intérieur une cloison de doublage sèche ou maçonnée et séparés par une lame d'air continue).

> L'isolation des murs peut aussi être l'occasion d'améliorer l'acoustique d'un logement ancien : comme pour le thermique, le traitement acoustique doit être pensé dès la phase de conception et de façon globale pour l’ensemble des parois : laisser une partie non traitée constitue un « pont acoustique » et revient à ne rien faire puisque toute l'énergie sonore passe par ce point de faiblesse. Mais reste le choix propre à chacun de privilégier l'esthétique à l' isolation acoustique !

Dans tous les cas, les professionnels pourront vous aider à effectuer les arbitrages nécessaires entre la thermique, l'acoustique et l’esthétique. Ne pas oublier qu'une rénovation de l'ancien mettant en œuvre une isolation étanche à l'air sur les parois et le remplacement des ouvertures (fenêtres, portes) doit aussi prévoir un système de ventilation afin d'assurer le renouvellement sanitaire de l'air. Opter de préférence une VMC hygro B ou si la configuration s'y prête une ventilation double flux avec récupérateur de chaleur pour les économies d'énergie qu'elle génère.

Nota : si les murs comportent des remontées d'humidité du sol ou remontées capillaires (absence d'arase - membrane d'étanchéité - sur les fondations), il convient de les traiter avant toute mise en œuvre d'une isolation (cf. isoler un mur humide ).


En savoir plus :

17 commentaires :

Inertie
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24/03/2014 16:00

Je ne suis pas d'accord avec le premier chapitre.
J'ai eu l'occasion d'être dans une ancienne bâtisse avec des murs épais de 80 cm en pierre lors de la canicule du début des années 2000, la fraicheur était bien présente à l'intérieur.

ht
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26/05/2014 09:45

Les murs en pierre ont une inertie énorme et sont donc très efficaces en été car par leur inertie ils garantissent toute la journée une température moyenne entre celle de la nuit et celle du jour.

En revanche l'hiver l'inertie n'apporte plus rien, car il fait froid le jour et la nuit. Ils se comportent alors moins bien que quelques centimetres de polystyrene.


 
Daniel 83170
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10/02/2014 15:15

Bonjour,
j'ai de la moisissure qui apparait depuis 2 ans (?) dans les angles inférieurs coté murs ext de 2 chambres ( appart au 1er étage d'une grange ancienne rénovée en logement d'habitation il y a 15 ans). . Les murs (50cm d'épaisseur ) ne sont pas isolés (redressés au ciment, platrés et peints)
Question : comment savoir si le problème est dù à la condensation ou à une humidité des murs (façades réalisées il y a 4 ans... avant pas de pb) ?.
ps: depuis 4 ans la locataire utilise un poêle à granulés pour son chauffage
et il y a Juste une ventilation naturelle basse et haute dans la pièce principale

lobo
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26/05/2014 09:45

bonjour, en reno. sur les vieux murs montés à la chaux, il n'est pas bon de mettre du ciment (int. et ext.) les murs ne respire plus, l'humidité de la terre remonte par dans les murs mais comme tout est clos (murs cimentés, dalle en béton de ciment = 0 ) ça pourri. donc la seul vrai solution, il me semble est de remettre les murs à nu ( int.) et tirer un enduit à la chaux puis isolation comme expliqué plus haut (et attention à laisser des lames d'air).
cordialement

regnier
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18/02/2014 18:00

Il est bon d préciser au dans le dtu 20. La lame d air est impérativement ventilée. Sinon fort risque de condensation


 
humi
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03/01/2013 17:15

Vouloir "stopper" l'humidité, c'est un échec assuré car solution qui dure entre 5 et 10 ans, pas plus, et créée des dégâts énormes dans les fondations.

Laisser passer l'eau, c'est comme ça que les vieux murs fonctionnent.
Et un mur ne "respire" pas (il n'y a pas d’évacuation d'air), mais il "transpire". Et l'eau transite dans le mur en état vaporisée et non à l'état liquide. Si l'eau condense à l'intérieur elle retombe à l'état liquide, et là vous obtenez un mur trop humide.
Afin d'empêcher la vapeur d'eau de condenser dans le mur (le fameux point de rosée), il faut forcément chauffer ce mur, donc isoler par l’extérieur avec des matériaux qui laissent la vapeur d'eau s'en échapper en plus d'éloigner le point de rosée en dehors du mur.
.

Nico
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14/01/2013 17:30

Est-ce que cela signifie que pour isoler thermiquement les murs d'une pièce (d'une maison en meulière), il faut éviter d'isoler par l'intérieur (avec un doublage en polyréthane par exemple) ? Est-ce que cette solution ferait finalement plus de dégâts à moyen terme qu'autre chose ?
Merci

Humm
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09/12/2013 09:45

Eviter tous les isolants non perspirants sur des murs qui eux le sont, qu'il s'agisse d'une isolation par l'intérieur ou par l'extérieur.
Sous peine de rétention d'eau et de dégradation du bâti.
Attention également à apporter sur le point de rosée.

Sur pierre ? Idéalement un isolant bois


 
vieux murs
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30/11/2012 12:00

Il est impossible de stopper l'humidité d'un vieux mur, toute tentative du blocage de capillarité se solde par un pourrissement pur et simple de la base du mur.
La seule solution est de laisser respirer un vieux mur par les enduits naturels (chanvre chaux), et surtout de drainer suffisamment le tour de la maison. Ni trop, ni pas assez.


 
BUBU
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16/11/2012 09:30

C'est n'importe quoi : sur un mur en pierres (donc respirant), il faut éviter les mousses machin, le ciment, le polystyrène...). L'humidité va faire le tour de la mousse et ressortir ailleurs !
C'est avec de la chaux hydraulique qu'on lutte contre l'humidité, car elle la régule.

Gwen
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21/01/2014 16:45

De la chaux hydraulique ?... c'est précisément ce qu'il faut éviter, ça équivaut à du ciment !!! Il vaut mieux utiliser de la chaux aérienne, qui, elle, a de véritables propriétés respirantes.

Calimero
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21/11/2012 10:00

Bonjour,
J'ai une ancienne ferme, construite vers les années 1856 en pierres (noirs, môlasse et jointé de terre), rénové dans les années 70. Les murs intérieurs ont été doublés en laine de verre + brique. Par contre à certains endroits vers les ouvrants principalement j'ai l'impression qu'il n'y à rien. La pierre à ces endroits fait pont thermique et depuis l'année dernière, j'ai de gros soucis d'humidité. Le chauffage électrique (edf ayant baissé la distribution d'énergie pour faire face à la vague de froid) à été très insuffisant pour nous chauffer (à peine 3° à 5° et parfois en négatif..). Du coup l'humidité s'est mis dans les murs à ces endroits... moisissure intense, eau qui perle... Que puis-je faire à votre avis, sans pour cela dépenser une fortune car j'ai été licencié économique et là aussi la crise à été forte... J'avais entendu par une émission d'un procédé nouveau, faisant référence à nos anciens justement qui utilisaient la chaux, et la reprennant pour isoler par l'extérieur (celle-ci étant imperméable alors que le ciment lui est perméable) qu'en est-il exactement ? Connaissez vous ? qu'est-ce que la chaux hydraulique dont vous parlez et comment l'utiliser et ou m'en procurer ?. Escusez mon manque de connaissances évident en la matière, mais j'ai vraiment besoin d'aide et ni les commerces de bricolage ni les maçons que j'ai rencontrer n'on pu m'apporter une solution et ne connaissent pas les qualités de la chaux.


 
jm jag
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26/07/2012 09:30

pour stopper l humidite sur un mur ancien de pierre apparente une astuce soumise a des pro percer 2cm tous les 30cm en diagonale ex sur mur de 90 ensuite injecter de la mousse expensee qui a pour propriete imputrecible isolant thermique et phonique scelle les petite pierres et celle ci va stopper partout l humidite qui remonte par capillarite

Hmm
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09/12/2013 09:45

Si la pierre est jointoyée à la chaux l'humidité disparaît naturellement d'elle même.

khk
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19/11/2012 09:15

Qu' est ce que c' est que ces histoires? Il existe des produits sérieux à faire appliquer par des professionnels agrées comme moi, qui pénètrent réellement le mur et forment une vraie barrière isolante. Evitez de diffuser ce genre de stupidités de bricolos SVP!!

frane
Répondre
20/05/2013 11:30

bonjour khk,
pouvez-vous me donner plus d'info s'il vous plait ?











domino20290
Répondre
30/11/2012 11:45

c'est quoi vos produits miracles ? et combien ça coute ?


 
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